Pour quoi écrire ? Pourquoi écrire lorsque je commence une psychothérapie ?
- aponicolasgiot
- 29 juil. 2025
- 3 min de lecture
L’écriture, Thérapie Paris 11, Analyste Psycho-Organique
« Ecrire est une affaire de corps, c’est une mise en chair » Marie-Hélène Lafon
Voici une petite réflexion, sans prétendre à une vérité bien sûr. C’est le fruit d’observations cliniques, et aussi personnelles.
Lorsque certain.e.s décident d’écrire, d’autres ne sont pas encore prêt.e.s à bouger. Il s’ensuit de précieux bouleversements…
Écrire c’est retrouver sa liberté. C’est naviguer dans sa chair à la quête de son coeur, de son corps. Notre vie prend de nouvelles formes, de nouvelles prises sur lesquelles nous pouvons nous appuyer.
C’est chercher ce lien, à nous, à l’autre, ce lien perdu et abîmé. C’est tisser petit à petit, défaire, délier, casser, reconstruire, aplatir et rebâtir…
C’est aller à la recherche de ce contenant qui nous sécurise. C’est ouvrir les portes du vide…Oser sauter dans un vide. Le thérapeute sera justement un appui sur lequel vous pouvez vous reposer.
Le vide est indispensable à notre existence, il laisse place à la création, à notre expression. Un espace disponible pour ralentir et ressentir.
« Le vide dans son vase, en fait l’usage » Lao Tseu
Ecrire c’est joindre le corps, l’esprit, l’émotion, le sentiment, les images…et sûrement autre chose qui nous dépasse.
Démarrer une psychothérapie demande du courage, l’écriture aussi.
C’est un outil puissant et parfois si simple, c’est l’art d’être avec soi, de nourrir un mouvement de vie, là où tout paraît sombre et figé.
Alors écrivez sans réfléchir… vos rêves, vos cauchemars…ce qui est là, ce qui n’est pas là. Trompez-vous, raturez, essayez, dessinez…Même si ce n’est pas beau, même si vous vous jugez, même si c’est insensé… « un-sensé »…le mouvement est là, et c’est l’essentiel.
En tenant le stylo vous êtes le créateur, la créatrice. Vous prenez votre place et vous avez l’opportunité de mettre les autres à la leur…
Cela peut être intense, alors écoutez votre rythme, et acceptez aussi de rester devant la page blanche. Acceptez de refuser d’écrire, de dire non…de sentir votre « nom »…un travail commence aussi. Il n’y a rien à réussir, rien à échouer, ce ne sont que des expériences, des impulsions…de vie.
Clown
Un jour.
Un jour, bientôt peut-être.
Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.
Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.
Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînement « de fil en aiguille ».
Vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.
A coup de ridicules, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables.
Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.
clown, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l’esclaffement, le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance.
Je plongerai.
Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert
à tous
ouvert à moi-même à une nouvelle et incroyable rosée
à force d’être nul
et ras…
et risible…
Henri Michaux, « Peintures » (1939,) in L’espace du dedans, Pages choisies, Poésie / Gallimard, 1966, p.249



