La douleur chronique, non ce n'est pas normal d'avoir mal !
- aponicolasgiot
- 24 août 2025
- 4 min de lecture

« Il est aisé de voir que ce qui aiguise en nous la douleur et la volupté, c’est la pointe de notre esprit »
Michel de Montaigne - Essai
La douleur chronique
La douleur chronique se définit comme une douleur persistante supérieure à 3 mois.
Selon la Haute Autorité de Santé (HAS) la pathologie chronique concerne 12 millions de français.
Selon l’Inserm, près de 30% de la population française est victime de douleur chronique.
J’ai exercé durant 7 années au CHR d’Arras au centre de la douleur chronique en tant qu'ostéopathe, au sein d’une équipe pluridisciplinaire: médecins rhumatologues et anesthésistes, psychologues, infirmières, médecin acupuncteur, art-thérapeute.
Dans cet environnement, j’ai pu voir de nombreux patients et patientes, avec différents types de symptômes, de syndromes, et de pathologies:
la migraine chronique chez l’adulte et l’adolescent
la fibromyalgie
les douleurs post-opératoires, suite à un accident ou sans événement déclencheur
les algodystrophies, du membre supérieur et inférieur
les hernies discales opérées
les douleur suite au traitement de chimiothérapie
les douleurs suite à de gros accidents physiques (accident de la voie publique, accident domestiques, agressions…)
l’endométriose
douleur abdominales inexpliquées avec troubles du transit
Rectocolites hémorragiques, hépatites, diabète
Obésité
Douleur chronique sans pathologie associée
J’ai pu noter plusieurs points communs à toutes ces souffrances. La dimension émotionnelle, souvent mise de côté, par le corps médical, et/ou par le patient lui même. La douleur prend toute la place, et peut venir faire oublier le coeur du conflit interne…une sur-adaptation, un traumatisme.
« S’adapter, c’est la mort »
S’adapter c’est mettre de côté ses besoins profonds. C’est s’oublier pour survivre, pour faire face, pour tenter de nager dans un courant imposé par des injonctions, des contrats familiaux, des peurs... Tout cela résulte d'un mécanisme complexe, conscient et surtout inconscient. C’est tout un tissage qui s’emmêle depuis des années. Raison pour laquelle il est important de se faire accompagner, d’oser demander de l’aide, auprès de thérapeutes reconnus et spécialisés.
La douleur est une manière d’être raccroché à la vie quand le reste est éteint. C’est une façon d’exister au sein d’un famille, d’un couple, d’un travail…lorsque l’environnement n’est pas en accord avec soi, lorsque nous sommes dans une sur-adaptation. C’est le cri du corps lorsque celui-ci est prisonnier, lorsque celui-ci veut être tu.
Je réalise donc comment des événements traumatiques du passé peuvent émerger en séances d'ostéopathies, qui jusque là n’avaient jamais été abordés par les patients…et comment cela peut influencer l’état général du corps, dans les sensations, dans l’émotion, et ainsi la douleur. Comme si le patient se rassemblait, en retrouvant une partie de son corps, une partie de soi.
La douleur est un rappel au vivant, un rappel au réel, c’est un signal. Sans celui-ci il serait très difficile de vivre car impossible de savoir ce qu’il se passe à l’intérieur de nous. C’est le pont entre l’extérieur et l’intérieur, entre la société et le soi, entre la famille et le moi...
La où la médecine traditionnelle veut enlever le mal par le médicament, la médecine chinoise par exemple, considère le mal comme le bien qui s’exprime. Avoir mal c’est une partie de soi qui s’exprime. L’anesthésier par un médicament revient à couper une partie de soi.
Un traitement médicamenteux s’avère être important et nécessaire, dans un premier temps, dans un but de calmer et de stabiliser, ou lorsqu’il y a une détresse vitale, mais il devient trop souvent la seule solution. Je pense notamment aux antalgiques, aux anxiolytiques et aux antidépresseurs.
J’ai donc vu beaucoup de patients enfermés dans des croyances limitantes, comme quoi ils auraient mal toute leurs vie et que c’est normal.
Non ce n’est pas normal.
Votre corps à quelque chose à dire, à vivre. Il veut sortir d’une situation, se transformer à un endroit, il est prêt à régler quelque chose peut-être enfouit depuis des années. Tant que nous n'irez pas voir, votre corps vous le dira, et vous continuerez d’avoir mal.
La dimension psychique, le psycho-trauma, la mémoire traumatique
Le corps sait tout et n’oublie rien. Il garde les empreintes de notre vécu, et porte notre histoire familiale.
J’ai pu observer à quel point derrière ces souffrances, il y avait d’autres problématiques plus profondes. Comment le récit du patient, de la patiente, ne peut finalement pas se vivre.
Une somatisation du corps ainsi que d’autres signes dans le récit, peuvent effectivement être des symptômes de psycho-trauma.
des deuils non faits, des morts prématurés comme la perte d’un enfant, un suicide
des fausses couches, des avortements
des non-dits, des secrets de familles
de la violence, la violence des coups, la violence des mots, la violence de l’absence, la violence impalpable...
des abus et des viols.
En tant qu’ostéopathe spécialisé dans douleur chronique, je travaillais et je travaille toujours en lien direct avec les psychologues et psychothérapeutes.
La prise en charge sur le plan émotionnel est selon moi indispensable, mais c’est au patient d’en décider, de sentir s'il est prêt. C’est à vous d’enclencher le mouvement.
Les différents thérapeutes auront la responsabilité de vous accueillir dans un espace sans jugement, en sécurité.
Aujourd’hui je peux vous recevoir en ostéopathie à Paris Gambetta, ou vous accompagner sur du plus long terme en psychothérapie à Paris république.
Je ne pourrai pas faire les deux pour une seule et même personne, car il est important pour un processus sain, et dans une déontologie professionnelle, de bien séparer les deux espaces.
« La douleur est toujours une anomalie, elle abîme le sentiment de la présence au monde, provoquant le désir d’en être débarrassé au plus tôt pour retrouver les usages familiers de la vie courante. Elle possède donc une vertu de mise en garde, mais elle est une protection paradoxale à l’encontre des adversités innombrables de la vie courante, elle rappelle avec brutalité les limites qui s’imposent pour ne pas être détruit. Elle est le privilège ou le tragique de la condition humaine ou animale. »
David Le Breton - Douleur Chronique et réinvention de soi


